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Catégorie Haute Route 2008

Haute Route 2008


Tout commence en octobre 2007 quand mon père me propose de vivre une aventure inoubliable…

Rallier deux capitales de l'alpinisme : Chamonix-Zermatt.

Cette Haute Route qui passe d'un horizon à un autre, qui culmine entre ciel et terre pendant des heures, mieux : pendant des jours. Cette randonnée glaciaire voisinant ces sommets de 4'000 m qui font rêver tant de montagnards.

C'est d'abord la peur au ventre que je pensais à cette Haute Route… Souffrant d'une tendinite à la malléole, je n'espérais qu'une chose, que cette expérience magique ne se transforme pas en calvaire…

J'ai commencé à faire un peu de marche 3 mois avant en moyenne montagne.

Je devais y aller gentiment, réhabituer ma cheville à la marche mais comme très souvent, j'ai tendance à faire tout dans l'extrême et j'ai fait la connerie d'enchainer 1950 m de dénivelé positif en à peine 1h45 et le lendemain de Montricher jusqu'au Mont-Tendre en 1h05. La cheville en a évidemment pris un sacré coup.

J'ai vite du me rendre à l'évidence… Le repos complet était le meilleur des remèdes pour aborder cette longue marche qui m'attendait.

Je voyais mon père s'entraîner près de 5 fois par semaine, accumulant les dénivelés positifs (25'000 au total) en me sentant frustré de ne pas pouvoir m'entraîner avec lui. Des questions me trottaient dans la tête parmi lesquelles : Serais-je prêt pour le jour J ?

 

Lundi 14 juillet 2008…


Le Grand jour est arrivé… Nous arrivons à Montroc, vallée de Chamonix vers 12h30. Premier arrêt au restaurant qui se trouve en dessous des télécabines pour se remplir la panse et déguster une bonne bière.

Peu après, nous entamons notre montée par un agréable sentier qui monte au refuge Albert 1er.

Après 2 heures de marche, la vue s'ouvre sur les magnifiques séracs du Glacier du Tour et c'est sur la moraine latérale du glacier que notre chemin tisse ses lacets.

Je pète la forme, ma cheville ne me fait pas souffrir, j'accélère le pas pour aller à mon rythme et je laisse derrière moi, mon père et le guide.

Arrivé à 50 m du refuge, j'échange quelques mots avec un montagnard d'un certain âge qui entame sa descente et me dit que rien ne vaut 2 ballons de blanc avant de se lancer… Trop fort :) !

Je déguste ma première bière d'altitude à 2'702 m avec un soleil radieux qui laisse ses doux rayons caresser les séracs du Glacier.

Nous nous rendons dans les dortoirs pour poser nos affaires, putain ce qu'il fait froid !!!

J'aide mon père à refaire son sac (qui lui a scié les épaules durant toute la montée) éliminant presque 2 kg de choses inutiles.

Premier repas d'altitude : Choucroute !!!

Ca va être sympa dans les dortoirs...

Première nuit : Dormi 30 minutes à cause du froid et mon père n'a pas fermé l'oeil… 4 degrés, c'est pas le top, même avec des couvertures !

 

2ème jour :

Réveil vers 5h00 du matin, petit déjeuner avant de se retrouver rapidement sur le glacier. La neige du matin porte bien et la progression en cordée devient rapidement aisée.

4 heures de marche plus tard, nous arrivons à un passage assez « chaud » juste avant d'arriver au point culminant du col du Tour (3'282 m) à la frontière Franco-Suisse.

Un panorama splendide sur le plateau glaciaire du Trient se découvre.

J'ai l'impression d'être à 700m d'altitude, mes poumons ne sont pas en si mauvais état que ça, malgré les clopes ! Mon père souffre un peu de l'altitude mais tient quand-même.

Direction Col d'Orny à 3'098 m pour casser la croûte et déguster de nouvelles bières (Et oui, j'ai bien dégusté :).

L'après-midi, nous nous dirigeons sur le sentier de la Combe d'Orny avec quelques passages abruptes (de jolis ravins nous entourent) pour atteindre le télésiège de la Breya et nous redescendons jusqu'au village de Champex à 1'450 m.

Notre première vraie douche nous attend et après 7h30 de marche, ça fait du bien !

Là-bas, nous faisons la connaissance avec un couple français super sympa, qui a prévu de faire le tour du massif du Mont-Blanc.

 

3ème jour :

La journée commence par un trajet en bus puis en taxi jusqu'au barrage de Mauvoisin. Région magnifique entourée de pâturages, de sentiers et du fameux Grand Combin dont les cimes culminent à 4'314 m.

Par les sentiers de la Paturau et de Pierracarro, nous traversons les alpages du Lac de Mauvoisin.

Les Choucas (une espèce de corneille) nous survolent tout au long du chemin et les cris des marmottes s'entendent à des kilomètres. Soudain, je m'arrête… Un bébé marmotte se dresse devant un caillou et me fixe. Malheureusement, je n'ai pas réussi à dégainer mon appareil photo assez rapidement… Trop mignon ce petit !

4 heures de marche plus tard (journée repos), nous arrivons  au refuge Chanrion. Entouré de lacs magnifiques, cet endroit respire la sérénité. Là-bas, je fais la connaissance de jeunes de mon âge qui font également la Haute Route. Tous ont cette mentalité montagnarde que j'adore. Pas de prise de tête, des gens simples, ouverts comme je les adore.

La nuit passée dans ce refuge fut horrible ! Deux femmes (dont une très mignonne) dormaient juste à côté de nous. On s'est dit : Enfin, on va pouvoir passer une nuit sans gros ronfleurs à nos côtés… Kedal !!! C'était affreux, l'une d'elle ronflait tellement fort que j'avais l'impression que les parois du dortoir bougeaient :). Qu'est ce qu'elle en a pu scier du bois cette nuit là…


4ème jour :

Les choses sérieuses commencent réellement… En moyenne, 8 heures de marche par jour nous attendent à une a altitude de 3'200 m en moyenne.

L'étape d'aujourd'hui commence par une petite marche dans les cailloux pour atteindre enfin le glacier d'Otemma, immense fleuve de glace, mais peu crevassé, avec ses crêtes acérées. Ce glacier d'environ 9 km paraît interminable. Heureusement, la musique m'accompagne et je me fous de la musique hyper motivante : La Compagnie Créole, rien de tel pour remettre du baume au cœur.

Quelques heures plus tard, malheur… C'est pas la cheville qui me fait souffrir comme je le redoutais mais mon genou. J'avais eu à l'époque une déchirure des ligaments croisés et comme souvent, ça ne se remet jamais très bien. Je serre les dents et nous arrivons gentiment vers le col de Charmotane, le Pigne d'Arolla n'est pas loin. Mon père souffre pas mal de l'altitude et malheureusement une bonne montée nous attend. Le temps commence à se gâter, nous devons nous hâter. Peu après, nous apercevons le refuge des Vignettes (3'158 m) … Impressionnant !!! Véritable nid d'Aigle posé au flanc des vertigineux rochers. Mais avant d'y arriver, un passage très aérien avec des centaines de mètres de vides autour de nous nous attend.

Arrivés au refuge, un énorme plat de rösti au fromage nous attend. Une petite sieste nous permet de récupérer un peu. Levé, je m'occupe un peu de mon genou en allant chercher de la neige dehors. Je la mets dans un sac plastique et essaie de refroidir ces ligaments enflammés.


5ème jour :

Il a neigé 5 à 10 centimètres. Il doit faire environ -10 degrés. Frisquet mais tout à fait supportable car aucun vent.

Nous nous dirigeons sur le col de Charmotane pour emprunter le glacier du Mont Collon qui mène au col de l'Evêque (3'392 m) et qui offre un panorama inoubliable sur les pointes d'Oren.

Je prends 2 Tramal pour supporter cette douleur qui à chaque fois que je pose la patte, me brûle le genou. Je boîte bas…Alors que physiquement, je me sentais super bien, n'avais aucune gène quant à l'altitude et aux longues heures de marche, c'est ce con de genou qui me diminue. Comme souvent, la force mentale prend le dessus et je continue tant bien que mal…

Nous descendons du haut glacier d'Arolla qui se transforme par moments en eau pour remonter au Plan Bertol.

De là, une grimpée sur la moraine amène au glacier Bertol. Une montée mythique nous attend avant de rejoindre le refuge Bertol, encore assez éloigné. Mon genou va un peu mieux, je me sens en forme et je demande au guide si je peux monter à mon rythme. Il me dit que oui, pas de gros dangers mais il vaut mieux ne pas tomber sinon… Connaissant mon endurance, il me dit que je devrais l'atteindre d'ici 1h15 environ. Je dépasse plusieurs personnes à la montée qui semblent être à bout de souffle. Sans m'en rendre rendre compte, j'arrive au bas du refuge après 45 minuteset à peine essoufflé. Il ne reste plus qu'à monter les fameuses échelles et les câbles menant au nid d'aigle de la cabane Bertol qui est juchée à 3'311 m.

J'arrive dans la cabane et commande une grosse chope de bière accompagnée d'une ptite clope.

Je rencontre 2 guides qui ont suivi ma montée depuis la cabane et avec qui je discute. Ils sont dégoûtés ! Ils me demandent si j'ai pris des dopants et qu'ils ont rarement vu monter une personne à cette vitesse dans cette pente. Ça fait plaisir :). Je n'ai pas vraiment de mérite vu mon poids plume (56 kg, à l'époque :) et que l'âge joue en ma faveur. Par contre, super content car je supporte très bien l'altitude.

Le soleil illumine le fameux Cervin que j'aperçois enfin. Des nuages dansent autour de la Tête Blanche dont le sommet reste ensoleillé… Juste magnifique !

2 heures et demi plus tard, mon père me rejoint péniblement. Le guide est lui aussi assez halluciné par la montée que j'ai effectuée auparavant et me dit qu'au rythme auquel je marche depuis le début de cette aventure, j'aurais pu la terminer en 4 jours..


6ème jour :

Descente à la frontale de la cabane Bertol et équipement au col. La plus belle étape de la Haute Route nous attend sous un soleil qui s'annonce radieux. Malheureusement, mon genou est en sale état. Je carbure au Tramal toute la matinée…

Nous remontons le glacier du Mont-Miné en passant sous la pointe de la Dent de Bertol et de la Tête des Chavannes avec ses séracs suspendus.

Nous arrivons enfin à Tête Blanche, point culminant de notre périple à 3'721 m. L'immense face ouest du Cervin et les gigantesques empilements de séracs de la face Nord de la Dent d'Hérens emplissent l'horizon.

J'ai rarement vu quelque chose d'aussi beau, d'aussi impressionnant de toute ma vie. J'oublie la douleur, j'oublie tout le reste, je suis dans les nuages, tout simplement dans mon monde à moi.

Peu après, nous entamons notre descente sur le glacier du Stockji, très tourmenté et impressionnant avec ses séracs et ses ponts de neige ouvrant sur des crevasses béantes.

Nous continuons la descente sur une arête séparant le glacier du Stockji de celui de Zmutt. Le paysage est grandiose, le Cervin est merveilleux. Arrivés au bas de la moraine, nous amorçons notre montée dans les éboulis morainiques, sur le glacier de Schönbiel qui là aussi génère un point de vue génial.

Plus que quelques mètres avant l'arrivée au refuge et j'aperçois deux mules dans les pâturages. Drôle de vision après n'avoir vu que des Choucas et marmottes pendant 6 jours.

2 grosses chopes m'attendent et je m'empresse de me changer pour les déguster avec une vue imprenable sur le Cervin.

Dernier après-midi dans un refuge… La fin du voyage est proche et une certaine tristesse m'envahit… Après ces 6 jours passés dans les montagnes, côtoyant les plus beaux sommets des Alpes, marchant de cabane en cabane au rythme de jours qui jamais ne se ressemblent, cette tranquillité, cet apaisement, ce plein d'émotions, je dois avouer que regagner la plaine ne m'enchante guère !

Mais comme tout montagnard qui se respecte, après l'effort, le réconfort ! Et c'est avec entrain que nous accumulons les verres pour fêter cet événement.

Autant vous dire que le refuge est plein (comme tous les autres) et que nous ne sommes pas les seuls à fêter ça. Par contre, nous serons les derniers à partir de table, aux alentours de minuit.

Les quelques mètres qui nous séparent des dortoirs ne sont pas les plus faciles à effectuer malgré tous les kilomètres avalés ces derniers jours.


7ème jour :

Dernière étape du raid. Le sentier descend doucement à travers les alpages fleuris et les célèbres greniers de Zmutt jusqu'à Zermatt. Notre périple se termine doucement après une petite marche de 3h30 environ sous le regard omniprésent du Cervin et de sa couronne des 4'000 : Breithorn, Castor, Pollux, Lyskamm et Mont-Rose.

Voilà, nous arrivons enfin au but, entiers et bien vivants, remplis de souvenirs inoubliables, le cœur serré de retrouver cette civilisation et de quitter ces montagnes d'une beauté abyssale.

Ca été une expérience mémorable, nous n'avons rencontré que des gens sympas, ouverts avec cet esprit montagnard qui les caractérise.

Je suis heureux d'avoir pu partager cette expérience hors du commun en compagnie de mon père que je remercie et dont je suis fier. J'espère qu'à son âge je tiendrai aussi bien la (haute) route !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Posté le 06/08/2008 | 220 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

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